1965
Triumph Fury — prototype Michelotti X749
- Présentation générale
La Triumph Fury est un prototype de roadster deux places réalisé en 1965 par Standard-Triumph. Le projet est associé à Giovanni Michelotti, déjà responsable du dessin de la Herald, de la Spitfire, de la TR4 et de la Triumph 2000.
La voiture devait constituer une nouvelle voiture de sport plus moderne et plus grande que la Spitfire, située entre celle-ci et la TR. L’idée était notamment de disposer d’une automobile mieux adaptée au marché américain, où Triumph devait faire face au succès considérable de la MGB. (Below The Radar)
La Fury abandonne le traditionnel châssis séparé des TR et Spitfire au profit d’une structure monocoque/unitaire. Elle est ainsi considérée comme la première voiture de sport Triumph utilisant cette architecture. (Classics Honest John)
Production : 1 exemplaire.
Le prototype survivant porte le numéro de développement X749 et l’immatriculation historique TVT 990G. (Below The Radar)
- Origine du projet
L’origine du projet remonte à 1964. Le directeur technique de Triumph, Harry Webster, cherchait une solution plus moderne pour remplacer à terme l’architecture à châssis séparé des voitures de sport de la marque.
La MGB, lancée en 1962, constituait une référence importante : elle possédait une carrosserie monocoque et offrait davantage d’espace et de modernité que les anciennes architectures Triumph.
Webster demande donc à Michelotti d’étudier une nouvelle voiture de sport utilisant autant que possible des composants existants Triumph. (Classic Motorsports)
Le projet est alors parfois désigné dans les documents internes comme « TR5 » ou « TR5 Fury », avant que la voiture ne soit connue sous le nom de Fury. Certaines photographies conservées dans les archives Triumph portent effectivement cette appellation. (Wikipédia)
- Le travail de Michelotti
Michelotti réalise très rapidement la carrosserie. Le résultat est un roadster deux places aux proportions proches de celles d’une Spitfire agrandie, mais beaucoup plus moderne.
La voiture présente notamment :
- un long capot ;
- une carrosserie très basse ;
- des ailes avant fortement galbées ;
- une partie arrière courte ;
- une ceinture de caisse très basse ;
- un pare-brise enveloppant ;
- des roues à rayons ;
- une calandre horizontale ;
- des phares escamotables.
Le dessin donne presque l’impression d’une « grande Spitfire », tandis que certaines sources contemporaines y voient également des proportions proches d’une Jaguar E-Type plus compacte. (bctriumphregistry.com)
- Une carrosserie monocoque
La Fury est construite autour d’une structure monocoque en acier, et non sur le traditionnel châssis séparé Triumph. Les panneaux extérieurs ont été formés à la main, de même qu’une grande partie de la structure du prototype. (Below The Radar)
Cette architecture devait permettre à Triumph de disposer d’une voiture :
- plus rigide ;
- plus légère potentiellement ;
- plus moderne ;
- mieux adaptée à une production internationale.
Elle constituait une rupture avec les TR4/TR4A, les TR5 à venir et les Spitfire, qui conservaient une architecture à châssis séparé.
- Le moteur : six cylindres 2 litres
La Fury reçoit le six cylindres en ligne Triumph de 1 998 cm³, provenant de la Triumph 2000, mais avec quelques adaptations spécifiques au prototype.
Selon les informations recueillies auprès de la propriétaire actuelle et publiées par Below The Radar :
- carter inférieur provenant de la Triumph Vitesse ;
- collecteur d’admission provenant de la GT6 ;
- deux carburateurs Zenith-Stromberg CD150 ;
- puissance d’environ 95 bhp ;
- couple d’environ 115 lb-ft à 3 000 tr/min. (Below The Radar)
Cette motorisation est particulièrement intéressante parce qu’elle permettait d’utiliser largement les composants existants de la gamme Triumph.
Une évolution vers 2,5 litres était envisageable
Si la Fury avait été produite, l’arrivée du moteur 2,5 litres de la Triumph 2500 aurait permis une évolution assez naturelle.
Certains documents évoquent également des études avec un V8, mais celles-ci semblent être restées au stade des dessins et ne correspondent pas au prototype roulant X749. (Wikipédia)
- Transmission
La boîte de vitesses provient également de la banque d’organes Triumph. Le prototype utilise une boîte manuelle à quatre rapports sans overdrive avec la transmission aux roues arrière.
Un rapport de pont relativement long de 3,7:1 est indiqué dans la documentation consacrée au prototype. (Below The Radar)
- Suspension : une architecture très moderne
Avant : Elle utilise une suspension à jambes MacPherson, architecture qui était alors relativement moderne chez Triumph.
Arrière : Elle utilise une suspension indépendante à bras semi-tirés, dérivée de la TR4A. (Below The Radar)
Cette combinaison MacPherson avant + suspension indépendante arrière + monocoque constituait une avancée importante par rapport aux architectures traditionnelles des TR.
- Direction et freinage
La direction utilise une crémaillère provenant de la Triumph 1300.
En revanche, certains composants sont spécifiques au prototype :
- colonne de direction ;
- arbre de transmission ;
- échappement ;
- ressorts ;
- amortisseurs ;
- bras arrière en fonte. (Below The Radar)
Le freinage est constitué de :
- disques à l’avant ;
- tambours à l’arrière. (Below The Radar)
- Les étonnants phares escamotables
La Fury possède des phares escamotables commandés par dépression.
Lorsque les phares sont relevés :
- la partie supérieure du capot de phare se soulève ;
- une partie inférieure de la calandre s’abaisse.
Le mécanisme donne donc l’impression que l’avant de la voiture « s’ouvre ».
Mais, la Fury n’est pas la première Triumph à avoir des phares escamotables. Cette distinction revient au prototype TRX de 1950. La Fury est néanmoins l’une des premières Triumph des années 1960 à employer cette solution. (Below The Radar)
- Caractéristiques principales
Voici une fiche synthétique, en distinguant les données réellement documentées des valeurs approximatives.
| Caractéristique | Triumph Fury X749 |
| Constructeur | Standard-Triumph |
| Année | 1965 |
| Type | Prototype roadster 2 places |
| Designer | Giovanni Michelotti |
| Ingénieur principal | David Eley |
| Responsable du développement | Harry Webster |
| Code projet | X749 |
| Production | 1 exemplaire |
| Structure | monocoque acier |
| Moteur | 6 cylindres en ligne |
| Cylindrée | 1 998 cm³ |
| Distribution | OHV |
| Carburateurs | 2 × Zenith-Stromberg CD150 |
| Puissance | 95 bhp à 5 000 tr/min |
| Couple | 115 lb-ft à 3 000 tr/min |
| Boîte | manuelle 4 rapports |
| Overdrive | non |
| Transmission | propulsion |
| Suspension avant | MacPherson |
| Suspension arrière | indépendante, bras semi-tirés |
| Direction | crémaillère |
| Freins avant | disques |
| Freins arrière | tambours |
| Phares | escamotables à dépression |
| Places | 2 |
| Vitesse maximale | env. 115 mph |
| 0-60 mph | env. 12,5 s |
| Immatriculation actuelle/origine | TVT 990G |
Les performances de 115 mph et 0-60 mph en environ 12,5 s sont données par Below The Radar comme valeurs approximatives. (Below The Radar)
- Pourquoi la Fury ne fut-elle jamais produite ?
Il n’existe pas, dans les sources accessibles, une seule décision officielle disant simplement « projet abandonné pour telle raison ». Les sources convergent néanmoins vers une explication économique et industrielle. La Fury aurait nécessité :
- de nouveaux outillages ;
- une nouvelle carrosserie monocoque ;
- une nouvelle organisation de production ;
- des investissements importants pour une voiture dont le volume potentiel était relativement faible.
Triumph choisit finalement de faire évoluer l’architecture existante plutôt que de financer une nouvelle plateforme de production.
Le résultat est intéressant, car en 1967, Triumph lance la TR5, qui conserve finalement une architecture à châssis séparé. (Below The Radar)
La Fury apparaît donc rétrospectivement comme une voie technique abandonnée au profit d’une évolution plus économique des TR existantes.
- Le projet Fury et la future Stag
Il faut également éviter une confusion assez fréquente : la Fury n’est pas directement le prototype de la Stag.
En 1966, Michelotti travaille sur un autre prototype construit autour de la Triumph 2000. Ce projet évoluera vers la Stag.
Honest John, en reprenant l’analyse historique de Motor, souligne justement que la Fury et le Stag constituent deux projets distincts, même s’ils sont liés par Michelotti, Triumph 2000 et la période de développement. (Classics Honest John)
La chronologie est donc plutôt :
Fury X749 — 1965
→ projet de roadster monocoque
Prototype Michelotti 2000 — 1966
→ évolution vers le Stag
TR5 — 1967
→ choix final de Triumph pour remplacer la TR4A
- Destin du prototype X749
Après ses essais par Triumph, la Fury est conservée puis passe finalement dans des collections privées.
Elle est notamment entrée dans la Patrick Collection à Birmingham.
Elle porte ensuite temporairement l’immatriculation GL 484, avant de retrouver TVT 990G. (Below The Radar)
En 2009, elle est acquise par Jane Weitzmann, propriétaire de JHW Classics.
Une restauration est alors effectuée, notamment pour traiter certains problèmes de corrosion, mais l’intérieur d’origine est conservé. La voiture a ensuite été numérisée en 3D, afin de permettre la fabrication de panneaux de remplacement. (Below The Radar)
Le prototype existe donc toujours aujourd’hui.
- Précisions
Deux dates existent pour ce modèle : 1964 et 1965 :
- 1964 : conception, maquette et lancement du projet ;
- 1965 : réalisation et livraison du prototype roulant.
Le prototype est donc généralement référencé comme 1965 Triumph Fury, même si certaines photographies ou publications le désignent comme 1964 Fury. La fiche Wikimedia Commons, par exemple, conserve le titre « 1964 Triumph Fury », alors que la documentation historique et les sources spécialisées le datent de 1965. (Wikimedia Commons)