2011 - Mot du Président

Chazaud 1

 

 

Deuxième trimestre 2011

par Jacques Chazaud

 

C'était une époque où la télé (2, puis 3 chaines en noir et blanc) ne retransmettait jamais de courses automobiles. En ce temps-là, la F1 bodybuildée n'existait pas (ça n'était qu'une agréable partie de campagne entre gentlemen drivers, essentiellement british, qui se doublaient sur la piste, et pas dans les stands !). La seule course qui comptait vraiment était Les 24 heures du Mans. A défaut d'image, j'écoutais la retransmission de la course l'oreille collée au transistor, et tandis que le reporter de France Inter, ou d'Europe 1, donnait le classement, ou la liste des abandons, une voiture, inconnue et non identifiée par définition, passait sur la piste, « derrière » le reporter. Un bruit, que dis-je, un son, une musique, emplissaient mes oreilles, et l'émotion me saisissait ... comme à un concert ! La course, alors, n'était que sons, bruits de moteurs... Le lendemain, la photo des vainqueurs paraissait dans le quotidien régional, et je tentais d'associer un vrombissement saisi pendant la nuit sur le transistor à cette image floue en noir et blanc en une du canard... Plus avant dans la semaine, l'Auto Journal publiait d'autres photos, plus nettes, plus belles, toujours en noir et blanc, et le plaisir futile et solitaire continuait de plus belle : donner un « bruit » à la Porsche, la Ferrari, la DB, l'Aston Martin...

Bien plus tard, lorsque j'assistais enfin àma première course en « live » (Grand Prix de France à Charade en 1965), je pus enfin associer à chaque passage le son et l'auto, avec en prime l'éveil d'un nouveau sens : l'odorat ! Ah, le parfum de l'huile de ricin ! Tout cela a bien changé... Désormais, la course automobile n'excite plus guère les sens du téléspectateur, si ce n'est son sens commercial... Adieu bruits, odeurs, passions...

Alors si comme moi vous êtes nostalgiques de ces émotions, lisez sans plus tarder le magnifique article d'Edouard Burkhalter en page 4 de votre Triumph Express. Les émotions vont refaire surface. Et si de temps en temps, entre deux paragraphes, vous approchez ce magazine de votre oreille, comme un vieux transistor, alors peut-être entendrez-vous passer les bolides... et sans doute le papier glacé sentira l’huile de ricin... Je rêve ?

Tant mieux, ça fait du bien de temps en temps... Bonne lecture, et à bientôt sur les routes... en Triumph !